27 octobre 2006

Topalov contre-attaque


Vesseline Topalov reprend du poil de la bête. Tant sur l'échiquier, avec une victoire convaincante, jeudi 26 octobre à Hoogeveen contre l'Azerbaïdjanais Shakhriyar Mamedyarov (qui sera analysée dans la prochaine note), qu'en dehors de l'échiquier, avec une interview accordée au journal néerlandais De Volkskrant. Le Bulgare (photo ci-contre) commence par s'insurger contre la façon dont le scandale d'Elista a été retranscrit par la presse (le refrain du "c'est la faute aux journalistes" est connu et ressassé par tous ceux qui refusent de reconnaître leurs torts) : "D'après les articles que j'ai lus, je comprends que, de l'extérieur, on voit Kramnik comme un martyr qui a gagné contre l'oppression, dit Topalov. Pour eux, je suis le coupable et mon manager Silvio Danailov est l'incarnation du Mal. C'est une description de l'affaire qui est complètement injustifiée. Condamnée par tout le monde, notre protestation contre le comportement de Kramnik n'était pas une provocation, mais l'expression d'un souci sincère. Pendant les deux premières parties longues, Kramnik a passé deux heures et demie dans sa salle de repos. Ceci n'est pas acceptable, n'est-ce pas ? Quand on joue un match, on ne se cache pas mais, à l'inverse, on s'assure que le public puisse vous voir sur scène. Après la 4e partie, mon manager a demandé à visionner les vidéos de surveillance pour voir comment mon adversaire passait son temps dans sa salle de repos. Quand il a vu que Kramnik visitait les toilettes un nombre excessif de fois, nous avons commencé à avoir des soupçons. Il s'agit bien sûr d'un comportement suspect. Les toilettes étaient le seul endroit qui n'était pas couvert par les caméras de surveillance."
Il n'est pas inutile de rappeler deux choses : la première est qu'il est anormal que Danailov ait eu accès aux bandes vidéo puisque la surveillance des joueurs incombait aux organisateurs du match, la seconde est qu'il s'agissait non pas de simples toilettes mais d'une salle de bain. Pourquoi cela change-t-il la donne ? Parce que Kramnik, qui souffre de problèmes de dos et d'arthrite depuis des années a besoin de marcher en long et en large et qu'il s'est servi de sa salle de bain comme d'une annexe de sa salle de repos pour cela. Topalov refuse d'envisager cette version des faits et finit, au terme d'un raisonnement que je laisse mes lecteurs juger, par se présenter en... victime de toute cette affaire : "Quand le comité d'appel a été d'accord avec nous et a ordonné de fermer les toilettes dans les salles de repos, Kramnik a réagi comme s'il était complètement innocent : "Les obligations du contrat ici, les obligations du contrat là. Comment osent-ils m'insulter ainsi." C'est toujours la même chose avec lui. Il rompt les règles lui-même fréquemment (on aimerait ici que Topalov cite quelques exemples pertinents au lieu d'accuser gratuitement, comme cela semble devenir une habitude chez lui) mais le ciel l'en préserve quand ses droits sont en jeu. Lorsque Kramnik n'est pas apparu pour la 5e partie, c'était de sa faute. Il a pensé qu'il pourrait s'en tirer complètement. Au lieu de cela, j'ai récolté un point gratuitement, mais Kramnik a obtenu gain de cause sur tous les autres points. Il a de nouveau pu faire tout ce qu'il voulait dans sa salle de repos et le comité d'appel a été limogé. La conséquence de tout ceci a été qu'à partir de la 6e partie et jusqu'au bout, je ne savais plus contre qui je jouais. Kramnik avait été vulnérable l'année précédente, mais dans ce match, il a à peine commis d'erreurs tactiques (et l'affreux Fxf8 de la deuxième partie, que Topalov aurait dû transformer en un gain éclair, il compte pour du beurre ?). J'ai commencé à avoir des doutes. Est-ce que mon adversaire était Kramnik ou Kramnik assisté par un ordinateur ? Pour l'obliger à rester à l'échiquier le plus possible, j'ai intentionnellement commencé à jouer vite. Trop vite, parfois. La gaffe qui m'a fait perdre la 9e partie était la conséquence d'une décision prise trop vite."
Si l'on résume la position de Topalov, cela donne ceci, qui intéresserait un spécialiste de la paranoïa : par son comportement, Kramnik m'a fait croire qu'il trichait, je l'ai dénoncé, il a été puni mais pas complètement, ce qui a continué à me faire croire qu'il trichait, et du coup j'ai mal joué puis perdu. Donc, c'est de la faute de l'autre. CQFD. Plus loin dans l'interview, le Bulgare reconnaît rêver souvent de Kramnik ces derniers temps... Le plus surprenant est l'incapacité qu'a Topalov à essayer de comprendre pourquoi le monde entier (à commencer par ses confrères) l'a condamné pour ses accusations sans preuve et son manque absolu de fair play. Le numéro un mondial refuse de se remettre en question et, surtout, refuse de voir que tout le scandale engendré par son manager n'a fait que nuire aux échecs. Et pas seulement à sa petite personne.

6 commentaires:

Bernard Thinat a dit…

L'expression "comportement suspect" provient tout droit des Etats Unis. Dans les séries télévisées US, cela revient fréquemment. Or, la déclaration des Droits de l'Homme de 1789, laquelle a d'ailleurs été reprise par la déclaration universelle, classe les individus en 2 catégories: les coupables (jugés par un tribunal) et les innocents. La catégorie suspect n'existe pas. Topalov devrait relire ces 2 textes qui fondent le droit.

Gilbert Blondy a dit…

Très, très bonne analyse de Topalov. Il remonte dans mon estime. L'article est un peu long et aurait pu se résumer à:
D'après les articles que j'ai lus, je comprends que, de l'extérieur, on voit Kramnik comme un martyr qui a gagné contre l'oppression, dit Topalov. Pour eux, je suis le coupable et mon manager Silvio Danailov est l'incarnation du Mal

Gilbert Blondy a dit…

à Bernard Thinat:
Vous êtes le Bernard d'Orléans?
Si oui, toutes mes amitiés...
Gilbert

LeSmurf a dit…

Ce type est complètement fou lol
Je pensais qu(il avait conscience de ses erreurs, avec le recul, mais non. Il persiste avec un raisonnement de 12 ans.
Une preuive de grandeur aurait été de limoger Danailov et de s'excuser publiquement.

Allez Kramnik ! a dit…

Topalov se dévoile enfin... C'est un fou !

Anonyme a dit…

topalov est le champion du monde le no 2 et donc le no 1 car l'ancien no1 est Garry Kasparov qui est en retraite. Anand est le no2.Donc kramnik est le no3 ce qui ne lui donnait en aucun cas le droit d'affronter Topalov. Quant à son triple titre de champion du monde ,1Il a affronté Topalov sans en avoir le droit donc le match d'Elista ne devrait pas comper 2Il a affronté Leko qui a gagné Dortmund en 2002 mais sans la presence de garry kasparov donc sansz le no1 et vice champion du monde 2000 garry k ce qui ne lui donnait pas le droit d'affronter kramnik et donc de permettre à celui ci de défendre son titre.
3il a affronté GK en 2000 alors que ce privilège devait revenir à Chirov.
Cela permet de conclure que Vladimir Kramnik a joué ces trois championnats sans en avoir le droit et donc ses titres ne peuvent être considéré comme officiel.